Le 3 août 2026, INFINIOS, une entreprise d’infrastructure financière basée à Bahreïn, a annoncé être passée en production avec Mastercard pour effectuer certains règlements en stablecoins.
L’annonce mérite de s’y arrêter parce qu’elle montre une utilisation des stablecoins encore peu visible du grand public.
Le client continue à payer avec sa carte comme auparavant. Il n’a aucune manipulation particulière à effectuer et son expérience de paiement reste inchangée.
L’évolution intervient plus loin dans la chaîne, au moment où les institutions financières règlent les obligations résultant des transactions traitées par le réseau Mastercard.
Cette utilisation ouvre une autre perspective sur le rôle que pourraient jouer les stablecoins dans les infrastructures de paiement.
Un paiement par carte continue après l’autorisation du client
Lorsqu’un client paie avec sa carte, l’expérience semble se terminer dès que le terminal ou le site marchand confirme que le paiement a été accepté.
Pour les différents acteurs du système, plusieurs opérations restent encore à effectuer.
Prenons un exemple simple.
Un client d’une banque A paie un commerçant dont les paiements sont acquis par une banque B.
La banque A émet la carte du client. La banque B, ou le prestataire qui remplit cette fonction, acquiert les transactions du commerçant. Mastercard assure l’interconnexion entre les participants de son réseau.
Au moment du paiement, l’émetteur reçoit une demande d’autorisation et décide d’accepter ou de refuser la transaction.
Les transactions réalisées sont ensuite échangées, rapprochées et comptabilisées afin de déterminer les positions financières des différents participants.
Ces positions doivent ensuite être réglées.
Le règlement correspond donc au transfert effectif de valeur entre les institutions concernées afin de solder les obligations créées par les transactions.
Cette distinction entre le paiement effectué par le client et le règlement réalisé entre institutions permet de mieux comprendre l’annonce de Mastercard et INFINIOS.
Le stablecoin intervient ici dans cette couche financière située derrière l’expérience de paiement.
Ce que Mastercard et INFINIOS ont mis en place
Selon le communiqué publié le 3 août 2026, INFINIOS est devenu le premier émetteur de Bahreïn et l’un des premiers acteurs du Moyen-Orient à utiliser des stablecoins pour le règlement avec Mastercard.
Le dispositif doit également servir de base à l’introduction progressive de capacités de règlement disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Le communiqué décrit donc une montée en charge progressive. Il serait prématuré de considérer que l’ensemble des règlements Mastercard d’INFINIOS fonctionne déjà en permanence sur une infrastructure blockchain.
Consulter le communiqué Mastercard
Cette initiative s’inscrit dans une évolution plus large du dispositif de règlement de Mastercard.
En juin 2026, le réseau avait annoncé l’extension de ses capacités avec des possibilités de règlement intrajournalier, pendant les week-ends et les jours fériés, ainsi que des mécanismes de règlement on-chain utilisant des stablecoins réglementés.
Mastercard cite notamment USDC, PYUSD, USDG, USDP, RLUSD et SoFiUSD parmi les actifs destinés à être supportés sur plusieurs réseaux blockchain. Leur disponibilité dépend cependant des juridictions, des partenaires impliqués et des autorisations réglementaires.
Consulter l’annonce de Mastercard sur ses capacités de règlement
Le communiqué consacré à INFINIOS ne précise pas le stablecoin utilisé dans ce dispositif particulier.
INFINIOS a également conclu en juin 2026 un partenariat avec Circle autour de USDC, EURC et d’infrastructures financières on-chain. Ce partenariat montre que l’entreprise développe activement ses capacités autour des stablecoins. Les informations publiées à ce jour ne permettent toutefois pas d’identifier avec certitude l’actif utilisé pour le règlement avec Mastercard.
Consulter l’annonce Circle-INFINIOS
Le stablecoin entre dans les mécanismes de règlement institutionnel
Les stablecoins sont souvent abordés sous l’angle de leur utilisation directe par les particuliers : acheter un actif numérique, le conserver dans un portefeuille et éventuellement l’utiliser pour effectuer un paiement.
L’expérience menée par Mastercard et INFINIOS montre une utilisation différente.
Le stablecoin devient un actif pouvant servir au règlement entre acteurs professionnels.
Le client peut continuer à utiliser une carte classique. Le commerçant peut continuer à travailler avec son acquéreur ou son prestataire de paiement. Les interfaces visibles restent les mêmes.
En arrière-plan, certaines obligations financières peuvent être réglées à l’aide d’un actif numérique.
Cette organisation permet de distinguer deux fonctions.
Le moyen de paiement correspond à l’instrument utilisé par le client pour effectuer son achat.
L’actif de règlement correspond au support utilisé par les institutions financières pour transférer la valeur qu’elles se doivent.
Ces deux fonctions peuvent reposer sur des instruments différents.
Un stablecoin peut donc gagner une place dans les infrastructures de paiement sans nécessiter son adoption directe par les consommateurs.
Quels avantages pour les acteurs du règlement ?
Les réseaux internationaux disposent déjà de mécanismes permettant de régler les transactions en monnaies traditionnelles.
L’intérêt des stablecoins se mesure donc à leur capacité à améliorer certains paramètres opérationnels : disponibilité des infrastructures, rapidité des mouvements de fonds, gestion de la liquidité ou encore fluidité de certains flux internationaux.
Étendre les horaires de règlement
Les infrastructures bancaires traditionnelles peuvent dépendre de jours ouvrés, d’horaires de fonctionnement, de cut-off ou encore des contraintes des banques correspondantes utilisées pour faire circuler les fonds.
Une infrastructure on-chain peut permettre le transfert d’actifs à toute heure.
Mastercard met d’ailleurs en avant la possibilité d’étendre les fenêtres de règlement, notamment pendant les week-ends et les jours fériés.
Pour un acteur financier opérant sur plusieurs fuseaux horaires ou devant gérer des flux continus, cette disponibilité peut faciliter certaines opérations de trésorerie.
Gérer la liquidité avec davantage de flexibilité
Le règlement d’un réseau international oblige les participants à disposer des fonds nécessaires lorsque leurs obligations deviennent exigibles.
Lorsque les transferts sont soumis à des horaires précis ou prennent du temps, les institutions doivent organiser leur trésorerie en conséquence et peuvent être amenées à maintenir des réserves de liquidité importantes.
Des règlements plus rapides et des fenêtres opérationnelles plus larges peuvent modifier cette organisation.
L’effet réel dépend toutefois de nombreux paramètres : exigences de préfinancement, règles du réseau, garanties demandées, délais de conversion et conditions de liquidité du stablecoin utilisé.
Mastercard et INFINIOS n’ont pas encore publié de données permettant de mesurer précisément les économies de liquidité ou les réductions de coûts obtenues grâce à ce dispositif.
Il faudra donc observer les résultats opérationnels avant de mesurer son véritable impact.
Fluidifier certains règlements internationaux
Les paiements internationaux impliquent parfois plusieurs banques, plusieurs monnaies et plusieurs infrastructures avant que les fonds atteignent leur destination finale.
Un actif numérique disponible sur une infrastructure fonctionnant en continu peut réduire certains délais de transfert entre institutions.
Les autres contraintes du paiement international restent présentes.
Les règles de change doivent toujours être respectées. Les institutions doivent assurer la conformité des opérations, gérer leur exposition aux différentes monnaies, sécuriser la conservation des actifs et disposer de suffisamment de liquidité pour convertir les fonds lorsque cela devient nécessaire.
L’utilisation d’une blockchain modifie donc une partie de la chaîne technique et financière, tandis que les contraintes économiques et réglementaires continuent de s’appliquer.
Le cadre réglementaire conditionne le passage à l’échelle
L’expérience menée à Bahreïn s’inscrit dans un environnement réglementaire qui a déjà commencé à évoluer.
En juillet 2025, la Central Bank of Bahrain a introduit un cadre consacré à l’émission et à la réglementation des stablecoins.
Ce dispositif prévoit notamment un régime de licence et permet, sous certaines conditions, l’émission de stablecoins adossés au dinar bahreïni, au dollar américain ou à d’autres monnaies fiduciaires acceptées par la Banque centrale.
Consulter le cadre publié par la Central Bank of Bahrain
Ce cadre joue un rôle important dans la capacité des acteurs financiers à intégrer ce type d’actif dans leurs opérations.
Le transfert d’un stablecoin peut être techniquement simple. Son utilisation à grande échelle dans une infrastructure financière réglementée implique beaucoup plus de responsabilités.
La qualité des réserves garantissant le stablecoin doit être surveillée. Les mécanismes de conservation doivent être sécurisés. Les risques de liquidité, de cybersécurité, de conformité et de fonctionnement doivent être maîtrisés.
Les institutions doivent également pouvoir convertir l’actif numérique contre la monnaie souhaitée dans des conditions fiables.
Le développement des règlements en stablecoins dépendra donc autant de la solidité de cet environnement que des performances techniques des blockchains utilisées.
Ce que cette évolution permet d’observer depuis l’UEMOA
Le contexte de l’UEMOA est aujourd’hui très différent de celui de Bahreïn.
La région poursuit déjà une transformation importante de ses infrastructures de paiement, notamment avec PI-SPI, la plateforme interopérable du système de paiement instantané de la BCEAO.
Lancée officiellement en septembre 2025, PI-SPI permet d’effectuer des paiements interopérables en quelques secondes entre les différents acteurs connectés et fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans les huit pays de l’Union.
Consulter la présentation de PI-SPI par la BCEAO
PI-SPI et le dispositif Mastercard-INFINIOS interviennent sur des parties différentes du système financier.
PI-SPI organise la circulation instantanée de l’argent entre comptes, institutions et utilisateurs au sein de l’espace UEMOA.
Le cas Mastercard-INFINIOS concerne le règlement de certaines obligations entre acteurs participant à un réseau international de cartes.
Cette différence permet justement d’observer la diversité des transformations actuellement en cours dans les infrastructures de paiement.
Dans l’UEMOA, les stablecoins commencent également à apparaître dans les réflexions institutionnelles.
Le 8 mai 2026, la BCEAO a organisé à Dakar une conférence internationale consacrée aux crypto-actifs et aux innovations numériques.
Les travaux ont notamment abordé l’émergence des stablecoins, leurs implications pour la politique monétaire et la stabilité financière ainsi que les enjeux de régulation et de supervision.
La BCEAO indique que ces réflexions doivent contribuer aux travaux relatifs à la mise en place d’un cadre réglementaire harmonisé dans l’Union.
Consulter les informations de la BCEAO sur la conférence
La région se situe donc principalement à un stade de réflexion réglementaire et monétaire sur ces nouveaux actifs.
Le cas de Bahreïn offre dans ce contexte un exemple concret à observer.
Il permet d’étudier comment un stablecoin peut s’intégrer à une infrastructure existante, quelles contraintes accompagnent cette intégration et quels bénéfices opérationnels peuvent réellement apparaître.
Les enseignements seront particulièrement intéressants sur quatre sujets : la gestion de la liquidité, les règlements internationaux, les exigences réglementaires et l’évolution du rôle des réseaux de paiement.
Les résultats opérationnels permettront de mesurer l’intérêt du modèle
L’annonce de Mastercard et INFINIOS constitue une étape importante, mais les performances réelles du dispositif seront encore plus instructives.
Plusieurs indicateurs permettront d’en mesurer l’intérêt.
Le premier concerne le temps de règlement. Il faudra observer la différence entre les délais habituels et ceux obtenus avec l’utilisation d’un stablecoin.
Le deuxième concerne la liquidité. Un acteur peut bénéficier de transferts plus rapides tout en restant soumis à des besoins importants de préfinancement ou de couverture.
Le troisième concerne le coût complet du dispositif. La conservation des actifs, leur conversion, la conformité réglementaire et l’infrastructure technique représentent également des charges.
Le comportement du système pendant les périodes de tension constituera un autre point essentiel.
Un mécanisme de règlement doit rester fiable lorsque les volumes augmentent fortement ou lorsque la liquidité devient plus difficile à obtenir.
Enfin, le passage à l’échelle permettra de vérifier si les avantages observés sur des volumes limités restent valables lorsqu’une part significative des règlements est concernée.
Ces données permettront progressivement de déterminer la place que les stablecoins peuvent réellement prendre dans les infrastructures financières internationales.
Une évolution qui peut rester invisible pour le client
L’expérience Mastercard-INFINIOS montre finalement que l’évolution des paiements peut se produire très loin de l’interface utilisée par le consommateur.
La carte peut rester la même.
Le terminal peut rester le même.
Le compte du client peut continuer à être libellé dans sa monnaie habituelle.
En parallèle, les mécanismes utilisés par les institutions pour transférer la valeur, gérer leur liquidité et régler leurs obligations peuvent évoluer.
Cette dimension mérite probablement davantage d’attention dans l’analyse des stablecoins.
Une partie importante de leur développement pourrait se jouer dans les infrastructures utilisées par les banques, les fintechs, les acquéreurs et les réseaux internationaux.
Le cas de Mastercard et INFINIOS offre aujourd’hui un premier exemple concret de cette évolution.




