Nomba a obtenu une facilité de dette de 3 millions de dollars auprès de CardinalStone Finance Company Limited. L’objectif n’est pas simplement de financer l’expansion commerciale de la fintech nigériane : les fonds doivent lui permettre d’augmenter la liquidité en dollars disponible à travers ses relations bancaires à Hong Kong et Singapour, afin de renforcer sa capacité à régler les paiements commerciaux entre l’Afrique centrale et l’Asie.

La République démocratique du Congo occupe une place centrale dans cette stratégie. Nomba utilise ses opérations en RDC comme base de règlement pour les échanges entre l’Afrique centrale et les marchés asiatiques et prévoit ensuite d’étendre cette infrastructure vers la Zambie et l’Ouganda.

Mais l’intérêt de cette opération dépasse largement le montant levé. Elle met en lumière une composante souvent invisible du paiement transfrontalier : la liquidité.

Un paiement international ne consiste pas seulement à transférer une instruction

Pour l’utilisateur, un paiement transfrontalier peut sembler simple : une entreprise donne un ordre, le fournisseur reçoit son argent.

Pour le prestataire de paiement, plusieurs opérations doivent pourtant s’enchaîner.

Il faut d’abord collecter les fonds auprès de l’entreprise cliente. Dans le cas de la RDC, Nomba propose notamment des encaissements et paiements en CDF et en USD, ainsi que des connexions aux banques et aux principaux réseaux de mobile money. Son offre locale inclut également les paiements internationaux.

Il faut ensuite déterminer la devise du règlement et effectuer, lorsque cela est nécessaire, la conversion de change.

Vient alors une troisième étape beaucoup moins visible : s’assurer que suffisamment de fonds sont déjà disponibles dans la devise et dans l’infrastructure bancaire qui permettra de payer le bénéficiaire.

Enfin, le prestataire doit régler le fournisseur, confirmer le paiement et rapprocher les différentes opérations.

En simplifiant, le service peut donc être décomposé en quatre couches :

Collecte → Change → Liquidité → Règlement et réconciliation

La technologie permet de transmettre rapidement les instructions. Mais elle ne crée pas automatiquement les dollars nécessaires pour exécuter le règlement.

Pourquoi Nomba cherche davantage de dollars

C’est précisément sur cette troisième couche que se situe l’opération avec CardinalStone.

Nomba indique que les 3 millions de dollars lui fourniront une liquidité additionnelle en USD à déployer à travers ses relations bancaires à Hong Kong et Singapour. L’objectif est de pouvoir soutenir davantage de transactions et d’accélérer les règlements entre les entreprises africaines et leurs partenaires asiatiques.

Prenons le cas d’un importateur congolais qui doit payer un fournisseur en Asie.

Même si le prestataire de paiement a déjà reçu ou sécurisé les fonds de son client en RDC, il peut exister un décalage avant que les fonds correspondants soient disponibles sous une forme immédiatement utilisable pour payer le fournisseur.

Maintenir de la liquidité prépositionnée permet de réduire cette dépendance au déplacement séquentiel des fonds à travers toute la chaîne bancaire.

Autrement dit, pour accélérer le paiement, le prestataire doit parfois avancer la capacité de règlement avant d’avoir complètement reconstitué sa position de trésorerie.

C’est autant un problème de gestion financière qu’un problème technologique.

3 millions de dollars pour 480 millions de flux mensuels ?

Le contraste entre les deux chiffres peut surprendre.

Nomba affirme traiter plus de 480 millions de dollars de paiements transfrontaliers par mois et vise désormais plus d’un milliard de dollars mensuel. Mais ce volume de 480 millions ne correspond pas au seul corridor RDC–Asie : il agrège, selon l’entreprise, ses opérations en RDC et son activité de money services business licenciée au Canada.

Ces chiffres sont par ailleurs des données communiquées par Nomba ; ils ne doivent pas être présentés comme des volumes audités publiquement.

Il serait également incorrect de conclure que les 3 millions de dollars doivent financer, à eux seuls, plusieurs centaines de millions de dollars de transactions.

La facilité vient s’ajouter à une infrastructure et à des sources de liquidité déjà existantes. Une même réserve de règlement peut également être reconstituée et réutilisée plusieurs fois au cours d’une période.

En revanche, les informations publiques ne précisent ni la maturité de la facilité, ni son taux d’intérêt, ni son caractère revolving éventuel, ni les garanties associées, ni la fréquence à laquelle cette liquidité pourra être recyclée.

Il est donc impossible, à partir des seules informations publiées, de calculer combien de volume transactionnel supplémentaire ces 3 millions de dollars permettront effectivement de supporter.

Un autre indice montre toutefois que Nomba considère la liquidité comme un chantier beaucoup plus large : l’entreprise indique préparer 20 à 50 millions de dollars de financements supplémentaires pour poursuivre le développement de son infrastructure transfrontalière.

La RDC n’est pas un choix anodin

La stratégie intervient sur un corridor commercial important.

Les échanges entre la Chine et la RDC ont atteint environ 26,7 milliards de dollars en 2025, dont 5,1 milliards de dollars d’exportations chinoises vers la RDC et 21,6 milliards d’importations chinoises en provenance du pays.

Derrière ces échanges se trouvent des entreprises qui doivent encaisser, convertir des devises, payer des fournisseurs, gérer des délais bancaires et suivre leurs règlements internationaux.

La compétition entre prestataires de paiement ne porte donc pas uniquement sur la qualité d’une application ou d’une API.

Elle porte aussi sur leur capacité à obtenir des relations bancaires, gérer leurs positions de change, disposer de fonds dans plusieurs juridictions et assurer le règlement lorsque le client en a besoin.

PAPSS pourrait-il intervenir ?

Le cas Nomba pose naturellement la question des infrastructures panafricaines.

PAPSS permet des paiements transfrontaliers entre pays africains en monnaies locales. Son fonctionnement repose lui-même sur trois mécanismes : paiement instantané, préfinancement et règlement net. Les participants doivent donc disposer de liquidités suffisantes avant l'exécution des paiements en temps réel.

Le parallèle avec Nomba est intéressant : même une infrastructure conçue pour rendre le paiement quasi instantané doit résoudre la question de la disponibilité des fonds.

PAPSS ne remplace cependant pas la jambe Afrique–Asie d’un paiement dont le bénéficiaire final se trouve à Hong Kong, Singapour, en Chine ou ailleurs en Asie. Sa vocation principale reste de relier des payeurs et bénéficiaires situés dans des marchés africains.

À terme, une infrastructure de ce type pourrait éventuellement intervenir sur une partie intra-africaine d’un corridor plus long, lorsque les pays et institutions concernés sont connectés. Il faudrait toujours une deuxième infrastructure pour assurer le change, la liquidité et le règlement vers l’Asie.

Dans le paiement transfrontalier, la technologie ne suffit pas

L’annonce de Nomba illustre finalement une réalité fondamentale du paiement international.

Une interface peut être instantanée. Une API peut transmettre une instruction en quelques millisecondes. Une confirmation peut apparaître immédiatement sur un écran.

Mais quelque part dans la chaîne, de l’argent réel doit être disponible dans la bonne devise et dans la bonne infrastructure de règlement.

C’est pourquoi les acteurs du paiement transfrontalier ne construisent pas uniquement des produits technologiques. Ils construisent aussi des réseaux bancaires, des dispositifs de trésorerie, des mécanismes de change et des capacités de préfinancement.

Dans cette logique, les 3 millions de dollars obtenus par Nomba sont moins intéressants comme « levée de fonds » que comme révélateur de ce qui fait réellement fonctionner un corridor de paiement.

Le client voit un transfert. Le prestataire, lui, doit gérer la liquidité qui permet de l’exécuter.