Le 7 septembre 2026, Mastercard et Flowcart ont annoncé au Kenya une collaboration destinée à intégrer le paiement par carte dans les parcours de vente sur WhatsApp et d’autres canaux conversationnels. Le lancement doit commencer au Kenya, avant une extension annoncée en Afrique de l’Est puis vers plusieurs marchés, dont l’Afrique du Sud, le Nigeria et la Côte d’Ivoire.

L’idée est simple : permettre à un client de découvrir un produit, poser ses questions, constituer son panier et accéder au paiement au sein de la même conversation. Pour de nombreux vendeurs qui utilisent déjà WhatsApp comme vitrine et service client, cette intégration cherche à supprimer une rupture fréquente entre la décision d’achat et le règlement.

La collaboration associe la plateforme de commerce conversationnel de Flowcart à Mastercard Gateway et à des partenaires acquéreurs. Elle ajoute les cartes au parcours de paiement, avec des liens intégrés, des QR codes ou des interfaces de paiement natives selon la configuration retenue.

Comment fonctionne le parcours annoncé

Flowcart décrit une expérience dans laquelle le client commence par exprimer son besoin dans WhatsApp. L’outil peut proposer des produits, répondre aux questions, ajouter ou remplacer des articles et modifier les quantités. Une fois le panier confirmé, le client sélectionne l’option de paiement, vérifie éventuellement son adresse de livraison et finalise la commande.

Le commerçant conserve une connexion avec ses systèmes de commerce et de paiement. L’objectif opérationnel consiste à éviter la gestion séparée de la conversation, de la commande et du règlement. Lorsqu’un paiement est traité hors du système de vente, les équipes doivent souvent rapprocher manuellement un reçu, une référence de transaction et une commande. Une intégration mieux structurée peut réduire ce travail, à condition que les données circulent correctement entre WhatsApp, Flowcart, la passerelle de paiement, l’acquéreur et le système du marchand.

Mastercard indique également que les données de carte peuvent être tokenisées pour faciliter les achats répétés. La tokenisation remplace le numéro de carte utilisé dans la transaction par un identifiant numérique. Elle limite l’exposition des données sensibles et permet de réutiliser un moyen de paiement selon les règles de consentement et d’authentification applicables.

Une intégration commerciale, pas un nouveau réseau de paiement

Cette annonce doit être lue avec précision. Il ne s’agit pas du lancement d’un nouveau rail national de paiement au Kenya ni d’une fonction disponible automatiquement pour tous les utilisateurs de WhatsApp. Le service repose sur l’intégration de commerçants à Flowcart, sur Mastercard Gateway et sur des partenaires acquéreurs encore non nommés dans le communiqué.

L’expression « paiement dans la conversation » peut aussi couvrir plusieurs expériences. Mastercard cite des liens intégrés, des QR codes et des parcours natifs. Le niveau exact d’intégration pourra donc varier selon le commerçant, le terminal utilisé, l’acquéreur et le moyen de paiement. Les deux entreprises n’ont pas encore publié la liste des premiers marchands, la tarification, le calendrier détaillé de déploiement ni les volumes visés.

Flowcart affirme connecter son dispositif à plus de 50 passerelles de paiement dans plusieurs régions. Cette donnée provient de l’entreprise et ne constitue pas une mesure indépendante de la disponibilité du nouveau service Mastercard dans chaque pays.

Pourquoi le Kenya constitue un terrain cohérent

Le choix du Kenya repose sur un usage déjà installé : une part importante du commerce en ligne commence ou se poursuit sur mobile et dans les messageries. Une enquête de la Communications Authority of Kenya portant sur la période de juillet 2024 à juin 2025 indique que, parmi les canaux utilisés pour placer ou recevoir des commandes en ligne, les applications mobiles représentaient 44,8 %, WhatsApp 20,2 % et les portails web 12 %.

Ces pourcentages décrivent les canaux déclarés par les personnes interrogées dans l’enquête. Ils ne signifient pas que WhatsApp traite directement 20,2 % de toutes les transactions de commerce électronique réalisées au Kenya. Cette nuance est importante lorsque les chiffres servent à mesurer le marché accessible au nouveau service.

Le contexte de paiement est tout aussi déterminant. La même enquête plaçait le mobile money largement devant les cartes parmi les moyens de paiement privilégiés pour le commerce électronique. La proposition de Mastercard et Flowcart arrive donc dans un marché où le paiement mobile est déjà profondément ancré. Sa valeur dépendra de sa capacité à ajouter une option utile aux parcours existants, notamment pour certains achats, certaines clientèles ou certains commerçants, sans compliquer une expérience déjà familière.

Ce que les commerçants peuvent réellement y gagner

Pour un vendeur qui travaille principalement dans WhatsApp, un site marchand complet peut représenter un coût supplémentaire, avec un catalogue à maintenir, un tunnel de paiement à configurer et plusieurs outils à rapprocher. Un parcours conversationnel peut centraliser la découverte, l’assistance, le panier, le paiement et le suivi de la commande.

Le bénéfice potentiel ne se limite pas au nombre de clics. Une commande correctement reliée à son paiement facilite la confirmation, la préparation, la livraison, le remboursement et le traitement d’une contestation. Les données peuvent également aider le commerçant à comprendre les abandons et les achats répétés.

Ces gains supposent toutefois une intégration robuste. Le vendeur doit connaître le coût total du service, les commissions de paiement, les éventuels frais de messagerie, le délai de règlement, la procédure de remboursement et la répartition des responsabilités en cas d’incident. Pour les petites entreprises, quelques étapes économisées côté client ne compenseront pas forcément une tarification élevée ou un support insuffisant.

Les conditions d’une expansion africaine crédible

L’extension annoncée vers l’Afrique de l’Est, l’Afrique du Sud, le Nigeria et la Côte d’Ivoire ne pourra pas suivre un modèle identique partout. Chaque marché possède ses acquéreurs, ses méthodes de paiement dominantes, ses règles de protection des données, ses exigences d’authentification et ses pratiques commerciales.

En Côte d’Ivoire, par exemple, un parcours centré uniquement sur la carte manquerait une partie importante des usages si les wallets et le mobile money ne sont pas correctement intégrés. Au Nigeria, la disponibilité des transferts bancaires instantanés modifie également les attentes. En Afrique du Sud, l’acceptation des cartes est plus développée, mais la concurrence entre checkout, pay-by-bank et wallets impose une autre logique de valeur.

La réussite du modèle dépendra donc de quatre éléments : la capacité à proposer les moyens de paiement locaux, la transparence des coûts pour le marchand, la fiabilité du rapprochement entre commande et paiement, et la qualité de la gestion des incidents. La sécurité devra également couvrir toute la chaîne, depuis le compte WhatsApp du commerçant jusqu’au traitement de la carte et à la livraison.

La conversation devient une infrastructure commerciale

Cette collaboration illustre une évolution plus large du commerce numérique en Afrique. Pour beaucoup de petites entreprises, la messagerie sert déjà de catalogue, de canal de vente et de service après-vente. L’intégration du paiement cherche à en faire un parcours commercial plus complet.

Mastercard et Flowcart disposent maintenant d’un cas d’usage concret au Kenya. La prochaine étape sera de démontrer l’adoption réelle par les commerçants, la qualité de l’expérience client et la pertinence de la carte aux côtés du mobile money. Les annonces sur les premiers acquéreurs, les marchands actifs, la tarification et les volumes permettront de mesurer si le chat-to-pay devient une infrastructure durable ou reste une expérience limitée à quelques intégrations.

Sources