Le mobile money ghanéen a franchi un seuil symbolique en août 2026. Selon la Banque du Ghana, 1,046 milliard d’opérations ont été traitées pendant le mois, pour une valeur totale de 518,8 milliards de cedis.

Un an plus tôt, le pays enregistrait 830,7 millions d’opérations représentant 354,1 milliards de cedis. La progression atteint donc 26 % en nombre et 46,5 % en valeur. Sur la même période, le nombre de comptes actifs n’a augmenté que de 5,4 %, passant de 25,1 à 26,4 millions.

Ces écarts racontent une histoire plus intéressante que le seul record. L’activité progresse beaucoup plus vite que la base active. Chaque compte actif génère donc davantage de mouvements ou des opérations d’un montant plus élevé. Mais les données agrégées ne permettent pas encore de savoir quelle part de cette croissance correspond aux achats des ménages, aux paiements marchands, aux transferts, à la gestion de liquidité des agents ou aux flux des entreprises.

Un milliard d’opérations ne signifie pas un milliard d’utilisateurs

La Banque du Ghana recensait 85,8 millions de comptes enregistrés en août, contre 26,4 millions de comptes actifs. Le taux d’activité apparent est ainsi proche de 31 %. Il ne s’agit pas d’un taux de bancarisation : une même personne peut détenir plusieurs comptes et un compte est considéré comme actif lorsqu’il a réalisé au moins une opération au cours des 90 jours précédant la déclaration.

Le nombre d’opérations ne correspond pas non plus au nombre de paiements économiques distincts. Un même mouvement de fonds peut générer plusieurs étapes dans l’écosystème : alimentation d’un wallet, transfert, paiement, mouvement de liquidité entre agents, puis retrait. Additionner ces opérations mesure la charge du système et son utilisation, mais pas directement le nombre d’achats ni le nombre de personnes servies.

Cette précision est essentielle lorsque l’on compare des pays, des opérateurs ou des années. Deux marchés peuvent afficher une valeur similaire tout en reposant sur des usages très différents.

La valeur moyenne calculée masque la structure des flux

En divisant la valeur totale par le nombre d’opérations, on obtient environ 496 cedis par opération en août 2026, contre 426 cedis un an auparavant. Ce ratio a augmenté d’environ 16 %. Il serait pourtant trompeur de le présenter comme le montant payé par un utilisateur moyen.

Le rapport annuel 2025 de la Banque du Ghana explique pourquoi. Les transferts entre agents représentaient à eux seuls 41 % de la valeur du mobile money, contre 37 % en 2024. Ces flux servent principalement à redistribuer la liquidité et à régler les positions au sein du réseau d’agents. Ils peuvent porter sur des montants élevés sans correspondre à une consommation finale.

Les transferts via des tiers représentaient 14,9 % de la valeur, tandis que le cash-in et le cash-out réunis pesaient 16,1 %. Les transferts de personne à personne ne représentaient que 5,6 % de la valeur et les flux de commerçant vers agent 1 %.

La lecture change lorsqu’on regarde le nombre d’opérations. En 2025, les transferts via des tiers dominaient avec 20,6 % du volume, suivis des transferts entre particuliers à 16 %, des achats de données et produits à 15,2 %, puis des recharges téléphoniques à 15,2 %. Les opérations fréquentes du quotidien portent donc le volume, tandis que les mouvements entre agents dominent la valeur.

Ce que la croissance démontre réellement

Les chiffres d’août établissent au moins trois faits.

Premièrement, le mobile money est devenu une infrastructure de masse. Traiter plus d’un milliard d’opérations en un mois suppose des capacités importantes en routage, disponibilité, traitement des statuts, rapprochement et assistance.

Deuxièmement, l’intensité d’usage progresse. Le nombre d’opérations augmente nettement plus vite que le nombre de comptes actifs. Les utilisateurs existants, les agents et les entreprises sollicitent donc davantage le système.

Troisièmement, le réseau d’agents reste central. Le Ghana comptait 593 581 agents actifs en août 2026, soit 37 % de plus qu’un an auparavant. Le solde de monnaie électronique conservé sur les comptes de cantonnement atteignait parallèlement 39,8 milliards de cedis, contre 28,4 milliards un an plus tôt.

Ces faits ne prouvent toutefois ni la rentabilité des opérateurs, ni l’accessibilité pour tous, ni la qualité de chaque parcours. Ils ne renseignent pas non plus sur le taux de réussite, les incidents, la fraude, les délais de résolution ou le coût supporté par l’utilisateur.

Les indicateurs qui manquent encore

Pour suivre la maturité du marché, les volumes et les valeurs devraient être complétés par six mesures.

  1. Le taux de réussite de bout en bout. Une opération initiée doit être rapprochée d’un statut final : créditée, rejetée, annulée ou retournée.
  2. La part des paiements marchands. Elle permet de distinguer l’usage transactionnel quotidien des transferts et mouvements de liquidité.
  3. Le coût total pour l’utilisateur. Frais d’envoi, retrait, change et coûts indirects doivent être rapportés au montant transféré.
  4. La disponibilité de la liquidité chez les agents. Un grand réseau n’est utile que si les clients peuvent effectivement déposer ou retirer au moment voulu.
  5. Les pertes liées à la fraude et aux erreurs. Elles devraient être mesurées en valeur absolue, mais aussi par million d’opérations.
  6. Le délai de résolution des incidents. La vitesse d’un paiement normal ne suffit pas si une opération en attente prend plusieurs jours à régulariser.

Ces indicateurs permettraient de passer d’une mesure de taille à une mesure de qualité.

Une référence utile pour les autres marchés africains

Le Ghana offre un enseignement important aux banques centrales, opérateurs et fintechs africains. Publier régulièrement des séries détaillées rend possible une analyse plus précise du marché. La valeur totale reste utile pour mesurer l’importance économique du système. Elle devient beaucoup plus informative lorsqu’elle est ventilée par type d’opération, base active, réseau d’agents et monnaie en circulation.

Pour l’UEMOA, la CEMAC et les autres marchés qui développent l’interopérabilité, cette distinction devrait être intégrée dès le départ. Il faudra mesurer séparément les paiements entre clients, les encaissements marchands, les mouvements entre banques et wallets, les opérations transfrontalières et les besoins de liquidité des agents.

Le seuil du milliard confirme que le mobile money ghanéen a changé d’échelle. Le prochain enjeu consiste à montrer ce que produit cette échelle : des paiements plus fiables, un meilleur accès, des coûts maîtrisés et une activité commerciale réellement mesurable.

Sources

Crédit couverture : photographie de Matti Blume, [Wikimedia Commons](https://commons.wikimedia.org/wiki/File:MTN_MoMo_stand,_Korle-Klottey_(P1090857).jpg), sous licence [CC BY-SA 4.0](https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Image adaptée au format horizontal.